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Les tenues aujourd'hui

Les tenues aujourd'hui

Les tenues utilisées en Gymnastique ont beaucoup évolué ces dernières années. Fluo, voiles, jupettes ou encore paillettes : les grand(e)s et petit(e)s championnes veulent suivre la mode!


Les néophytes en la matière ne leur accordent peut-être pas I’attention qu'elles méritent. Les tenues gymniques - surtout celles des féminines puisque les masculins semblent nettement moins sensibles à cet aspect des choses et restent dans l'ensemble assez conventionnels - jouent pourtant un rôle primordial dans la prestation de leurs propriétaires qui, de ce fait, les réalisent ou les choisissent avec le plus grand soin. En s'attachant à suivre la mode, généralement dictée par les plus grandes championnes, celles qui s'illustrent au niveau international. « Il est clair que ce que portent les meilleures internationales a toute les chances de bien se vendre et même de devenir un best-seller », souligne Claude Martin qui a repris la société « Christian Moreau » il y a un peu moins d'une dizaine d'années, « dans une version simplifiée et donc moins onéreuse ». A la base, il faut tout d'abord imaginer un modèle, ce qui n'est pas forcément toujours facile. « Nous sommes plusieurs à intervenir lors de ce processus de création », souligne Marie-France d’Autryve, responsable de production chez « Christian Moreau ». « Nous trouvons nos idées lors des salons de tissus auxquels nous participons ou lors des compétitions que nous suivons. Nous sommes de toute façon constamment en étroit contact avec les principaux acteurs du monde de la Gymnastique et le but du jeu, c'est d'exaucer leurs souhaits avant que ceux-ci ne soient formulés. Nous travaillons bien évidemment beaucoup avec les gymnastes de haut niveau, qui donnent le ton et nous font part de leurs exigences. »

Défilés de grands couturiers

Les gymnastes mettent parfois directement la main à la pâte comme par exemple Nathalie Fauquette, rarement en panne d'inspiration lorsqu'il s'agit de trouver une nouveauté pour la prochaine saison. « Elle commence d'abord par choisir une musique, qu’elle se passe ensuite en boucle jusqu'à ce qu’elle ait trouvé ce qu’elle cherche, un vêtement qui correspond à ce qu’elle souhaite exprimer et permet de créer une certaine harmonie », explique Françoise, sa maman.

Les entraîneurs ont également leur mot à dire. A l'image de Marjorie Heuls, adjointe jusqu'en 2004 de l'équipe de France GAF, qui, par passion, continue à manier le crayon pour réaliser de nombreuses esquisses en fonction des goûts des unes et des autres. Elle est d'ailleurs à l'origine des tenues portées par les Tricolores lors des derniers Championnats d'Europe. « Je m'inspire des défilés des grands couturiers dont l'objectif est de mettre le corps de la femme en valeur, résume l'intéressée. D'autant que les robes de soirée, par exemple, sont généralement faites dans des matières souples et utilisent souvent des strass ou des paillettes comme en Gymnastique ! »

Car le temps des tenues plus ou moins identiques, rigides et classiques, est désormais bel et bien révolu. S'il n'y a pas eu de révolution, l'évolution, elle, est incontestable, comme le souligne Robert Gauthier, créateur et patron d' « Eurogym International » : « Je ne me suis pas penché sur le sujet en détail, mais certains faits parlent d'eux-mêmes. Il y a une vingtaine d'années, les justaucorps avaient une ouverture en col V qui s'est ensuite transformé en ras-du-cou avec la goutte dans le dos. Un peu plus tard, il y a eu le petit col montant, qui n'a pas duré bien longtemps, puis le col bateau. Les manches, qui au départ étaient toujours longues, se sont progressivement raccourcies jusqu'à parfois disparaître au profit de fines bretelles, devant tout de même respecter certains critères. »

Jupette à succès

« Il y a également eu de nombreux changements, encore plus qu'ailleurs, en Gymnastique Rythmique, discipline dans laquelle les filles cherchent avant tout à se distinguer les unes des autres, contrairement à la GAF où il s'agit de ressembler aux leaders. Avec notamment l'apparition des justaucorps académiques, c'est-à-dire en une pièce, avec le haut et les jambes, qui à la base a été permis par la FIG pour permettre aux jeunes filles de confession musulmane de pouvoir matcher sans problème. Mais comme ceux-ci ont beaucoup plu, ils ont été adoptés par d'autres gymnastes. La FIG a ensuite autorisé la jupette qui, si elle en a surpris plus d'un au départ, est désormais entrée dans les moeurs et rencontre un vif succès », poursuit le responsable de la société parisienne créée en 1988. Quant aux couleurs, « avant, elles étaient très classiques. L'or, l'argent ou encore le fluo, par exemple, n'apparaissaient nulle part. Ce qui n'est plus le cas maintenant ».

Sans oublier la multiplication des tissus utilisés avec, par exemple, l'ajout de voiles plus ou moins opaques, mais aussi des imprimés et motifs variés ou encore l'apparition des strass et autres paillettes qui visiblement ont la cote. « Il faut entre 1.000 à 2.000 paillettes par justaucorps, ce qui demande une douzaine d'heures de travail », remarque Françoise Fauquette qui sait de quoi elle parle puisqu'elle cousait patiemment celles destinées aux quatre tenues annuelles de sa fille lorsque cette dernière était individuelle. « Et l'élasticité des vêtements narrange rien ! »

Quel que soit le résultat final, Ie processus de fabrication est toujours le même. « Nous créons d’abord un patron décliné en plusieurs tailles, qui nous sert de repère pour la confection. On couple ensuite le tissu, à l'unité ou par couches pour les séries. Nous utilisons de la charmeuse élastane - autrement dit du lycra - également employée pour les maillots de bain », explique Eric Teston, directeur administratif et commercial de la société «Vicard ». « L'avantage du lycra, c'est qu'il est extensible dans les deux sens », précise Marie-Claire Serindat, gérante de la société « Kybele ». « Quant ou temps de production, je dirai qu'il peut aller de 12 à 45 minutes. »

Des règles à respecter

« Nous possédons une chaîne de coupe entièrement informatisée », remarque Claude Martin. « Grâce à un logiciel de dessin, toutes les données dont nous avons besoin sont numérisées et donc stockées dans nos ordinateurs, ce qui nous permet, si nous avons des commandes ultérieures, de retrouver immédiatement les tenues demandées. Les différents éléments de tissu sont ensuite coupés ce qui prend de une à cinq minutes – puis assemblés à la main - de 15 minutes à une heure - par nos couturières. »

Les tenues utilisées en Gymnastique vont-elles encore évoluer ? Sans doute. Même s'il est difficile de se lancer dans des pronostics. « Nous nous posons la question chaque année, mais nous trouvons toujours quelque chose de nouveau », s'amuse Marie-Claire Serindat. « A condition d'être à l’écoute des gymnastes, des entraîneurs, des dirigeants ». « Nous sommes passés d'un vêtement unicolore, purement fonctionnel sans ornementation particulière, à un vêtement de plus en plus sophistiqué, infiniment plus joli et esthétique », résume Claude Martin. « Mais nous ne pouvons pas non plus faire n'importe quoi : on ne verra jamais un justaucorps avec un rond autour du nombril parce que la gymnaste a un piercing, par exemple ! » « Je ne vois pas trop ce qui pourrait encore vraiment changer », renchérit Robert Gauthier. « D'autant qu'il y a tout de même certaines règles à respecter. Avec des jeunes de 6 à 18 ans, il y a des limites à ne pas dépasser : pas question de décolletés trop affriolants, par exemple. Ni de jupettes trop longues, qui empêcheraient les juges de noter correctement. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans le monde du sport et pas dans celui du spectacle car il s'agit avant tout de noter la prestation des gymnastes et non leur habillement ! »

Pas question donc d'oublier que ce n'est pas l'habit qui fait le moine ou plutôt les gymnastes!



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