Thomas Bouhail et Gaël Da Silva, deux amis de coeur
Ils ont deux ans d’écart et s’entendent comme deux frères amis. Depuis que leurs chemins se sont croisés en 2004, Thomas Bouhail et Gaël Da Silva sont devenus inséparables. Acrobates dans l’âme, ils ont glané leurs premières médailles en Coupe du Monde l’année dernière et concrétisé ensemble cette année à Bercy. Ils rêvent désormais de participer aux Jeux de Pékin côte à côte. Rencontre avec deux joyeux acrobates.
Le Gymnaste : A quand remonte votre première rencontre ?
Thomas : C’était pendant la préparation des Championnats d’Europe en 2004. J’étais junior et lui senior.
Gaël : Non. C’était sur une compétition, un match triangulaire juniors seniors.
Thomas : Oui c’était là, la première fois. C’est vrai qu’on avait déjà passé pas mal de temps ensemble à ce moment-là. On s’était tout de suite trouvé des points communs.
Quel genre de points communs ?
Thomas : Il était fort au sol et j’étais fort au saut. C’était un exemple pour moi notamment au sol. J’ai tout de suite vu que c’était quelqu’un qui avait des ambitions et qui voulait réussir. Et puis, c’était aussi quelqu’un qui ne se prenait pas la tête. Il était le plus jeune des seniors et comme les anciens faisaient peur aux juniors, Gaël nous semblait plus facile à aborder.
Gaël : Moi, aussi j’ai tout de suite aimé sa personnalité.
Thomas : Il paraît aussi que l’on se ressemble ! On nous demande souvent si l’on n’est pas frère. Parfois, on nous confond.
Gaël : C’est déjà arrivé que l’on me félicite pour un résultat que Thomas a eu ! Nous ça nous fait rire.
Thomas : Je pense surtout que l’on voit les choses de la même façon.
Gaël : On ne se prend pas la tête. On a la joie de vivre. C’est peut-être pour cela que l’on s’apprécie réciproquement.
Qu’est ce que vous appréciez surtout chez l’autre ?
Gaël : Sa simplicité dans la vie quotidienne, la facilité que l’on a à l’aborder, à discuter avec.
Thomas : Gaël est une personne de confiance. On sait que si on lui confie un secret, il ne le trahira pas, c’est une vraie tombe. Et puis, c’est aussi quelqu’un de social qui est capable de garder le contact avec des tonnes de gens.
Des défauts ?
Thomas : Il est un peu trop speed parfois et il veut toujours faire trop de choses en même temps. C’est un maniaque. Il range tout !
Gaël : Il n’est peut-être pas assez investi dans ses études, il ne pense pas à sa reconversion. Et parfois, même en gym, il baisse trop vite les bras.
De quoi parle-t-on quand on est gym et amis ?
On parle pas mal de gymnastique, il faut l’avouer. On essaie de se booster mutuellement. Parfois on va jusqu’à Vincennes pour sortir un peu de l’INSEP, on va dans un pub et on parle de tout, autour d’un verre, pendant une heure.
Vous avez des passions communes ?
Gaël : Il se fout de ma passion (rire) !
Thomas : C’est un « fanatique », un fou d’astronomie. Il a un télescope et il passe un temps fou à observer les étoiles. Je trouve ça joli, mais je n’y passerais pas des heures. En même temps, je l’écoute quand il m’en parle. On est tous les deux très ouverts aux autres, cela nous permet de découvrir pas mal de choses.
Gaël : Sinon, on aime bien les filles ! (rires)
Aux derniers championnats d’Europe, Thomas a remporté l’argent dans la finale du sol, là où on attendait Gaël. Que ressent-on dans de tels moments ? Y a-t-il de la jalousie ?
Gaël : Thomas mérite sa médaille. Il avait déjà été vice-champion de France au sol, cela prouve qu’il en avait les capacités. Même s’il estime que c’est au saut qu’il doit tout déchirer, il possède aussi un bon programme au sol avec une bonne note de départ.
Thomas : Je pense que Gaël a été content de moi, mais comme moi, quand j’ai vu Raphaël remporter sa médaille au saut, il a dû ressentir un peu de frustration. On est frustré par rapport à soi-même : si l’autre l’a fait cela veut dire qu’on aurait pu le faire. On s’en veut, mais il n’y a pas de rivalité. Quand on est en compétition, c’est le meilleur qui gagne.
Comment vit-on l’échec de l’un et l’éventuelle réussite de l’autre quand on se retrouve, comme vous, la veille des finales dans la même chambre d’hôtel ?
Thomas : Gaël m’a bien aidé. On a parlé un peu de sa déception de ne pas être entré en finale au sol, mais il n’a pas voulu s’arrêter trop dessus afin de ne pas me mettre dans une éventuelle spirale descendante. Au contraire, il m’a boosté jusqu’au bout. Il m’a motivé. Cela n’aurait sans doute pas été pareil si j’avais été avec quelqu’un d’autre.
Cette entraide, c’est aussi ce qui vous aide à avancer à l’entraînement tous les jours ?
Thomas : Oui, c’est motivant de s’entraîner dans la même salle. Si Gaël à une baisse de régime au sol, me voir progresser peut le remotiver. Cela nous aide mutuellement et cela nous tire vers le haut. On s’inspire beaucoup du travail de l’autre.
Gaël : Oui, cela nous aide tous les deux à avancer.
Thomas : Et puis, on aime bien aussi faire des trucs et se lancer des défis. C’est comme ça que Gaël a essayé la lune double avant demi-tour au saut. (rires) Il est arrivé complètement sur le côté, mais il l’a tenté ! Comme au sol, on a essayé de trouver toutes les combinaisons possibles en vue des Mondiaux. C’est du quotidien, on se tire la bourre comme ça, par défi et par jeu.
Propos recueillis par Véronique Bury
Retrouvez la suite de l'interview dans le numéro 297 dans le Gymnaste Magazine.