Julien Chaninet, une âme d’artiste
Julien, c’est le délire. Avec lui, on peut s’attendre à tout. Au pire, comme au meilleur. C’est un artiste. Tout bien ou tout mal. Rarement de juste milieu. Quand c’est mal, ça va mal. Mais quand c’est bien. Waou ! C’est plus que bien. C’est le top de ce que l’on peut voir en Gymnastique Aérobic. L’Everest de la performance sportive servi sur un plateau avec de colossales qualités physiques. Force, souplesse, explosivité, un zeste d’originalité et un « showmanship » captivant. Présentation du Champion d'Europe 2007 en duo mixte (avec Aurélie Joly).
Julien Chaninet
Face à cette pléiade de qualités, on est en droit de se poser la question : « où est le défaut ? ». Justement, tout devrait être trop simple. Trop simple comme quand Julien a talonné de très très près Grégory Alcan pour le titre de champion de France en 2005, à Rodez. Un passage splendide, avec la réussite sur chaque élément et la note de 20,45 points qui tombe. Les spectateurs présents dans la salle s’en souviennent encore. Mais pourquoi cette performance ne se reproduit-elle pas à chaque compétition ? « J’ai besoin d’être en confiance, de sentir qu’on est avec moi, qu’on me regarde. J’ai besoin de beaucoup répéter avant que cela devienne automatique. Beaucoup ».
Entraîné par Dana Balasa à Lyon, il découvre l’Aérobic après une carrière en GAM. « Quand j’ai commencé l’aérobic, en septembre 2002, je continuais la gym. Au bout de deux mois, je me suis rendu compte qu’il fallait que je me consacre uniquement à l’Aéro. C’est toute ma vie, j’ai pensé. C’est ça et rien d’autre. Je savais que c’était le sport qu’il me fallait. La gymnastique traditionnelle ne me suffisait plus. J’avais besoin de musique, de danse, de faire le show pour le public. Ce sport, que je découvrais, me convenait parfaitement. J’y trouvais de quoi m’exprimer avec le côté sportif en plus de la danse ».
Julien Chaninet
Julien termine troisième à ses premiers championnats de France en 2003 à Clermont-Ferrand, derrière Grégory Alcan et Stéphan Brécard, sur un programme qu’il ose modifier un mois seulement avant la compétition. Six mois plus tard et après des entraînements à Paris avec Valérie Grandjean, il représente la France aux championnats d’Europe à Debrecen en 2003 en duo avec Nelly Struck. En solo, il se qualifie pour la finale et termine 8è. « Debrecen, c’était la première fois que je partais à l’étranger et que je prenais l’avion. Je ne connaissais pas l’équipe de France ; émotionnellement, c’était intense. J’avais envie de montrer que je pouvais faire aussi bien que les meilleurs ».
Après une blessure de sa partenaire, il passe vite chez ses voisins Aixois. Là, il trouve Aurélie Joly, avec qui il prépare le duo pour les championnats du Monde de Sofia en 2004. « Avec Aurélie, on s’est toujours très bien entendus dès le début. On ne se connaissait pas qu’on se retrouvait déjà dans les gradins pour pleurer ensemble lors des compétitions nationales. Alors, quand Christophe Devillaine m’a proposé ce duo avec elle, j’ai tout de suite dit oui ». Pour leur première saison ensemble, ils terminent 10è et commencent à se faire connaître au niveau international.
En 2005, deux semaines avant la Coupe du Monde en France, il remplace Nicolas Garavel dans le trio avec Adrien Galo et Vivien Peralta, « la plus forte compétition de ma vie ». Il montre alors qu’il est capable de tenir trois jours de compétition, avec quatre catégories (solo, duo, trio et groupe de 6). « J’aime quand il y a des défis, que c’est dur. Aux yeux des gens, je veux paraître comme un battant, prouver que je peux arriver à quelque chose de grand ». Et, non content de se présenter sur ces quatre catégories lors du Championnat de France, il obtient trois médailles d’or et une d’argent… en solo. A égalité de points avec Grégory Alcan, il est second à cause d’une note artistique plus basse.
Duo mixte
Après des championnats d’Europe en demi-teinte, à Coimbra 2005, il s’engage avec Aurélie dans la saison la plus invraisemblable de leur carrière. En réserve pour le solo et le groupe lors des Championnats du Monde, il n’a que le duo. Leur programme, sur une musique mexicaine, a été composé avec leurs qualités respectives : la souplesse de Julien, la force d’Aurélie. Leur second porter, où Aurélie porte Julien en équerre écartée sur ses épaules, a été conçu dans ce but. Faire des particularités de chacun un vrai atout pour le duo. Les spectateurs français leur ont confirmé lors de la dernière compétition de préparation en les soutenant d’un bout à l’autre de leur routine. «La Chine, on y allait pour le podium, même après le résultat de Coimbra (6e). On croyait vraiment à une médaille. On sentait que c’était possible. Le programme plaisait. Les étrangers, notamment les Italiens, nous avaient félicités à Clermont. Les difficultés étaient très bien placées, la choré j’ai beaucoup aimé. La musique, on l’avait trouvée ensemble. En l’écoutant la première fois, on s’est dit : ça c’est une musique gagnante. Elle nous a donné la chair de poule. C’était magnifique ce qu’on a vécu là bas ».
Julien Chaninet, médaillé
Clair sur ses objectifs, il l’est aussi sur ses envies, sur ce qui le fait vibrer. « Mon objectif principal, c’est de faire plaisir aux gens, à tous ceux qui me regardent. J’aime inventer des chorégraphies, innover, créer des originalités ». Grâce à une convention entre sa ville, sa région, le ministère des sports et la Fédération Française Gymnastique, Julien peux s’entraîner tout en travaillant (il s’occupe du fleurissement dans sa ville). Entre deux entraînements et son travail à Oullins, il chante, rêve d’un avenir où il sera sur scène. « C’est le public qui me donne des ailes. J’aime être vu. J’aime quand les gens sont heureux, qu’ils aiment ce que je fais. Je veux être Champion du Monde, principalement en solo. Je me donne encore deux ans. Ensuite, j’ai un objectif… le spectacle. C’est cela qui compte le plus. J’aimerais être chorégraphe, faire partie d’une comédie musicale. Pour danser et pourquoi pas chanter… Le chant, je me débrouille, mais je n’ai jamais pris de cours, donc je ne peux pas dire que je chante bien. Mais je chante juste ».
Il vient juste de s'illustrer aux Championnats d'Europe 2007, en remportant le titre avec sa compatriote Aurélie Joly en Duo Mixte, ainsi que la médaille de bronze en Solo. A quand la victoire en Championnat du Monde? Réponse l'an prochain!
Nicolas Brunet