Jusqu'au milieu du 19è siècle, le costume adopté par les gymnastes est celui du citoyen dans sa vie de tous les jours : pantalon, chemise et chaussures. Pour mettre tout le monde sur pied d'égalité, on oblige les gymnastes à revêtir un costume de toile grise uniformisant les différentes classes sociales présentes. Les chaussures peuvent être légères et sans talons ou plus robustes avec des guêtres. Pendant le travail, le gymnaste peut être en chemise ou porter la vareuse. En France, en raison des liens étroits existant entre l'armée et la gymnastique, un autre costume d'allure franchement militaire va apparaître.
Le problème de la tenue du gymnaste est évoqué dans le n' 63 du Gymnaste en 1878 : " Ce costume doit pouvoir servir au travail et aux promenades. Celui généralement adopté comprend une casquette, un maillot, une vareuse, une ceinture, des pantalons de coutil et des chaussures sans talons pour le travail et ordinaires pour les sorties. Les questions à examiner porteront principalement sur le genre du tissu du maillot de corps : coton, flanelle ou tricot de laine. Doit-il être sans manches, avec demi-manches ou manches longues ? La ceinture doit-elle être large, étroite, d'un tissu souple, avec boucles ou s'enroulant plusieurs fois autour du corps ? Le pantalon est-il préférable en toile ou en laine ? Doit-il être rentré ou non dans les bottines ? Les chaussures seront-elles des souliers, des bottines, des demi-bottes ? Avec talons bas pour être utilisées dans tous les cas, ou sans talons, c'est-à-dire spécialement réservées au travail ? Enfin comment doit-être la vareuse ? ".
De la fin du 19e au début du 20è siècle, le costume sera à peu de choses près le suivant : chemise en coton à demi-manches (plus rarement à manches longues), pantalon de toile s'arrêtant à mi-mollets, chaussettes et chaussures basses ou hautes sans talon. Le pantalon et la chemise sont maintenus par une large ceinture de flanelle et le torse est barré en travers par le sautoir qui sert à accrocher les médailles gagnées lors des concours.
A partir des années 1910-1920, la tenue affecte une allure plus sportive : maillot sans manche, ceinture réduite en largeur et qui s'intègre au pantalon. Chaussettes et chaussures, auparavant de couleur noire, adoptent la couleur blanche de l'ensemble du costume. Le pantalon en coton garde encore la même forme (sorte de caleçon s'arrêtant au-dessous du genou). La casquette fait place au béret et lors de concours, des gymnastes matchent avec leur béret sur la tête !
Le pantalon va connaître une modification importante à partir de 1928. C'est aux Jeux Olympiques d'Amsterdam que les Suisses apparaissent avec un pantalon blanc parfaitement tendu par le fait que le bas est accroché au-dessous du talon. Les Suisses ont emprunté ce pantalon aux Sokols des pays de l'Est qui l'utilisaient depuis le début du 20è siècle. Par la suite cette pièce du costume sera définitivement adoptée par l'ensemble des gymnastes et prendra le nom de ses inventeurs : le sokol.
Le maillot de corps, qui présentait l'inconvénient de sortir du pantalon lors du travail et qui gênait le gymnaste, va se perfectionner aussi en s'attachant entre les jambes, évitant des plis pas très élégants. Ce maillot n'est pas nouveau puisque les acrobates de cirque l'avaient adopté depuis longtemps, Léotard l'ayant inventé au 19e siècle.
A partir de 1936, la tenue du gymnaste est pratiquement la même que celle d'aujourd'hui, à quelques détails près : sokol (tenu ou non par des bretelles), léotard sans-manche, chaussettes et chaussons.
Depuis les années 1970, l'emploi du short, autorisé par le règlement, devient préféré au" sokol pour les exercices au sol et au saut de cheval. Le sokol reste obligatoire pour les autres appareils.
Nous terminerons ce bref aperçu de l'évolution de la tenue par un accessoire indispensable à certains agrès et qui fait partie intégrante de la tenue du gymnaste : les maniques. Déjà connu à la fin du 19è siècle, cet accessoire évite le lâcher de barre que peut entraîner la moiteur des mains en raison de la transpiration (rôle secondaire car c'est surtout la magnésie que l'on applique sur les mains qui joue le rôle principal) mais surtout évite un échauffement trop important en soulageant l'épiderme. Georges Strehly notait que dans les années 1870, au Cirque d'Eté, un acrobate nommé Fabre se servait d'une barre de fer " entourée dans toute sa longueur d'un ruban de toile enroulé en spirale, destiné à absorber la moiteur des mains " et qu'à la fin du 19e siècle, "pour obvier à cet inconvénient (l'arrachement de l'épiderme), beaucoup ont recours à un procédé ingénieux consistant dans l'adaptation d'un petit triangle de cuir qui s'enchâsse dans le médius et l'annulaire, et garantit toute la partie renflée de la paume de la main qui supporte le plus de frottement ".
Les gymnastes d'aujourd'hui ont amélioré le système en le rendant plus solide et plus efficace. Aux anneaux, à la suite de 1'évolution du travail qui se rapproche de celui de la barre fixe, les hommes utilisent des maniques spéciales comportant un bourrelet en caoutchouc qui permet de mieux assurer la prise. A la barre fixe également, les maniques se sont allongées et un bourrelet évite au gymnaste de trop serrer la barre et facilitent la réalisation des grands tours d'un bras.